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                                     Nous avons pu obtenir l’ouvrage collectif Qu’est-ce qu’être Français ?, organisé sous l’égide de l’Institut Montaigne et publié chez Hermann Edition. Le livre sort demain et nous avons décidé de vous faire part d’une première critique générale de l’ouvrage avant de revenir dans la semaine sur certaines contributions. La sortie de l’ouvrage correspond au premier acte du « grand débat » lancé par Eric Besson. L’ouvrage doit, selon le site de l’Institut, être « sans concessions mais bienveillant. Au-delà de la variété des parcours, dix-neuf approches riches, ouvertes, positives, en écho à la pensée de l’historien Fernand Braudel : « la France est diversité.[1] » Le livre est très hétérogène autant par les parcours des auteurs que par la longueur de leurs contributions. Aucun modèle ne fut prédéfini, chacun écrivit selon son inspiration. Nous pouvons interroger la façon dont ces contributions ont été commandées par l’institut Montaigne puisqu’il y a des auteurs qui remettent en cause le débat d’Eric Besson[2].Nous essayerons ici de comprendre l’architecture générale de ce livre pour en faire ressortir les récurrences et les idées phares.

     

     

                                     Le volume des contributions est variable, de deux à plus de dix pages selon les auteurs. Ce qui est frappant dans l’organisation de l’ouvrage est l’alternance de textes politiques, voire polémique, comme celui de Marc Odendal[3], avec des passages très anecdotiques, dans lesquels les auteurs décrivent leurs parcours personnels, ainsi Ana Palacio[4] lorsqu’elle se souvient des lectures de son grand-père.  Le choix des auteurs[5] est sans doute l’un des éléments de compréhension de ses différents styles d’écriture. Les auteurs sont pour la plupart des anciens élèves des « grandes écoles » (ENS / Polytechnique / la Sorbonne) ou des professeurs dans ces mêmes établissements, dans des filières telles que le droit, la philosophie ou la science politique. Le second ensemble d’auteurs correspond à des écrivains – essayistes, comme Gaston Kelman, ainsi que des personnalités « associatives » tel que Thaima Samman (membre fondateur SOS Racisme). Dans cette seconde catégorie, on peut remarquer qu’ils sont tous « français d’origine… ». Leurs propos reflètent surtout leurs parcours personnels et racontent leurs histoires, c'est-à-dire leurs intégrations. Il y a donc deux ouvrages qui cohabitent : un plus politique voire idéologique et un autre beaucoup plus bibliographique justifiant souvent la théorie du premier. Comme dans le débat plus général « qu’est ce qu’être français » et la question de l’immigration sont imbriqués semble-t-il volontairement et naturellement.

     

                                    

                                     On retrouve dans ce recueil certaines idées des contributions que nous avions pu lire sur le net, et qui sont ici reprises de manière récurrentes. L’exemple de la France « Black-Blanc- Beur » du Mondial de Football 1998 est repris à plusieurs reprises. Le triptyque « Liberté, Egalité, Fraternité », l’honneur du drapeau et de la Marseillaise sont aussi récurrents. Mais c’est à la lecture de passages plus politique que nous pouvons reconstituer la pensée globale de l’ouvrage.

     

                                     Le premier élément est que la France est en crise et en danger.
    Gaston Kelman pense que « les communautarismes et les intégrismes nous guettent[6] »,  Marc Odendall pense lui que si « nous renonçons à être français […] nous disparaitrons en tant que Français[7] » pendant que Shan Sa s’inquiète de la perte du niveau de la langue française.  Ceux qui ont fait le choix de répondre à l’invitation de l’Institut, constatent que l’identité française est en crise. La crise est à la fois interne (la langue, l’éducation, la fierté) et externe (le danger de l’intégrisme). Diagnostiquer une crise permet de se positionner pour le gouvernement comme celui qui va guérir ce mal[8].

     

                                     La contribution de Marc Odendall, « Etre français : un engagement, une responsabilité »,  est sans doute la plus intéressante  car elle synthétise à elle seule, les récurrences de l’ouvrage. Selon l’auteur, l’élément fondamental de la problématique est selon lui, que  les Français n’ont plus la volonté d’être. Être français, « il faut le vouloir [9]». Cette absence de volonté s’explique selon lui d’abord par le fait que l’enfant qui « naît d’abord français, est d’abord rattaché « à une tradition familiale ». Le premier lien de « cette francité » est alors la famille où plutôt la bonne famille que chaque enfant français devrait avoir. J’indique « bonne » car l’auteur souhaite à la fois « des parents capables » et « cohérent » c'est-à-dire qui « aiment la France ».  Il propose même de former ces parents qui par définition seraient incapables. La notion familiale est récurrente dans l’ouvrage, notamment chez les écrivains qui expliquent tout au long de ces lignes autobiographiques que c’est par une « mémé[10] », un « père » ou une « mère émue[11] » qu’ils auraient aimé la France. La famille et le lien maternel sont alors exacerbés et liés à l’idée de la France.

     

                                    

                                     Le second élément à l’origine de cette crise identitaire serait l’éducation et d’un point de vue générale des savoirs enseignés et diffusés par les Universités.

     

    « Nous plaquons plutôt notre vérité sur les faits, quitte à contraindre la nature. Cela peut aboutir à la Terreur, influence des totalitarismes (voire, entre autres, les Khmers Rouges au vingtième siècle, que l’Université française à si bien formé) […] plus de 50% des Français[12] se méfient de l’économie libérale (ils devraient se méfier de leurs professeurs d’économie, il suffit de voir comment cette matière est enseignée à l’école). [13]»

     

    Ce passage est caractéristique dans le sens où l’on observe dans certaines contributions cette idée que la France serait sous l’emprise d’une pensée dominante, sans doute de gauche, et que certains comme monsieur Odendall oseraient critiquer.  Michel Maffesoli entame sa contribution par «  Ainsi, à titre d’hypothèse et au risque d’aller à contre-courant des pensées convenues[14] »,  Gaston Kelman indique qu’elle n’est pas loin l’époque où «  la sociologie nous intimait à tous de respecter les cultures des auteurs […] même si ces mœurs, ces coutumes et ces traditions heurtaient les sensibilités de la France éternelle[15] ». Après la peur de l’intégrisme venant de l’extérieur, voilà revenir le mythe de l’intelligentsia.  Ce vocabulaire est commun aux défenseurs de ce débat, Eric Besson est notamment revenu sur cette notion lors de son entretien avec Guillaume Durand[16], ainsi que Nicolas Sarkozy lors de la remise de la Légion d’Honneur à Dany Boon.

     

                                     Face à ce tableau peu réjouissant que nous propose Marc Odendall, qui identifie la France à un pays de fonctionnaires, de « PME peu dynamique », et d’un monde du travail « sclérosé […] attendant tout du chef » qui nous amène selon lui « à la tombe[17] », celui-ci propose de « redevenir français ». Rien que ça ! L’auteur propose au final un « renouveau intellectuel et moral »  et de « renouer avec quelques valeurs bien françaises –paysannes ou aristocrates, qu’importe – qui se résumeraient dans le triptyque suivant : « Confiance, Audace Générosité »[18]. La paysannerie et la notion de terre sont maintes fois utilisées dans cette publication. On la retrouve chez Thaiman Samman qui « en bonne Française » a besoin « de [se] sentir reliée à un terroir, un territoire limité[19] ». A l’image de ce qu’en pense notre président, la terre est un des éléments qui définit, selon l’ouvrage, notre identité.

     

     

                                     L’institut Montaigne indique dans son avertissement que le but de sa démarche est de comprendre « cette francité ». Il construit ce concept selon deux critiques internes et externes de la France et organise un discours idéologique se basant généralement sur le mythe et le fantasme. Le fantasme d’abord de la peur de l’intégrisme mais aussi de ces « mauvais français » qui éduquent mal leurs enfants. Le mythe de la France éternelle ensuite, de cette mère imaginée, de cette terre désirée que les différents passages autobiographiques de « français d’origine de … » contribue à justifier. A part la contribution de Njat vallaud Belkacem qui est assez critique, la plus part des interventions justifient l’intégration de « nouveaux français ». La question de l’intégration est continuellement évoquée dans l’ouvrage, on relate l’intégration par le lycée étranger, par la famille ou bien encore par l’armée. La contribution de Tidjane Thiam, dans laquelle celui-ci évoque l’émotion de sa mère lors de son passage dans le défilé du 14 juillet est caractéristique du rôle qu’on attribue à ces passages biographiques. Ils représentent ici « les bon français intégrés » et sont la bonne conscience de l’ouvrage qui dans sa globalité exprime un sentiment de méfiance et d’une peur de l’avenir. On peut être persuadé que certains seront surpris, s’ils lisent les autres contributions. Alfred Grosser a notamment indiqué que le débat sur l’identité nationale était « démagogique[20] », il y participe néanmoins à cet ouvrage qui répond aux mêmes thèmes.

     

                                      A la lecture de ces témoignages, l’identité nationale française se construit selon la famille, l’éducation, l’émotion suscitée par les histoires des français d’origines. Le savoir est mis à mal, là où les sciences humaines sont caricaturées et où la peur de l’intégrisme est brandie. A quoi sert un tel débat ? A relancer une formule bien connue par le gouvernement en place : identité, immigration, sécurité. D’un point de vue général, l’ouvrage reflète une pensée tiède où l’anecdote et l’émotion permettent de cautionner des idéologues aux vieux habits.

                                    

     

                                     Jean B.               

     

     

     

     

     



    [2] Alfred Grosser, « Identités françaises », in Qu’est ce qu’être français, Institut Montaigne (coord), Paris, 2009, pp 47-63. Cet auteur est intervenu dans le Sud Ouest du jeudi 5 novembre.

    [3] « Etre français, un engagement, une responsabilité », p 85-93

    [4] « Afrancesados », p95-99

    [6] P68

    [7] P93

    [8] N. Offenstadt, L’histoire Bling Bling le retour du roman national, Stock, Paris, 2009.

    [9] P85

    [10] Gerardo della Paloera

    [11] Tidjane Thiam

    [12] Chiffre sans référence.  Argument d’autorité.

    [13] P88

    [14] P72

    [15] P68

    [16] Lors de l’émission de l’objet du scandale du mercredi 11 novembre. Lien : http://programmes.france2.fr/objet-du-scandale/index.php?page=article&numsite=2225&id_article=5174&id_rubrique=2228

    [17] P91

    [18] P93

    [19] P119



  •                Avec cet article, Place de la Sorbonne inaugure une série d'articles qui aura pour objet une analyse critique de l'ouvrage Qu'est-ce qu'être français ? publié par l'Institut Montaigne.
    "A l’heure où les signes de l’identité française sont souvent moqués ou mis en cause (sifflements de la Marseillaise, cartes d'identité brûlées…), notre pays ne peut s’abstenir d’une réflexion sur cette question majeure : "Qu’est-ce qu’être français aujourd’hui ?". [...] Cette question, l’Institut Montaigne l’a posée à dix-neuf personnalités. Dix-neuf auteurs d'origines, de cultures, de professions différentes. Dix-neuf approches riches, ouvertes, positives, où s’illustre la pensée de l’historien Fernand Braudel : la France est diversité. Les contributions sont suivies d'une interview – bien sûr imaginaire et posthume – d'un des plus grands écrivains français qui soient, Montaigne."

    1ere partie de notre analyse : l'Avertissement, pages 7 et 8.

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                   Dès la première page, que dis-je ? Le premier mot, le décor est planté. Ce n’est pas une introduction, pas un préambule, ni même une préface qui invite le lecteur à poursuivre sa lecture. Non, il s’agit ici d’un « Avertissement ». Attention lecteur, cette œuvre littéraire mérite une mise en garde ! Tels les avertissements du CSA1, la lecture peut parfois heurter les âmes sensibles.

    « Qu’est ce qu’être français ? 2» est donc « une question (…) d’apparence banale3 » qui nous est posée très innocemment par le ministre de l’Immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire. Elle est relayée ici par l’Institut Montaigne sous la forme de dix neuf témoignages.

    Une suite de questions constitue l’introduction de cette brève mais dense présentation. Il est rare que les questions soient innocentes et ce d’autant plus lorsqu’elles sont posées par un « think tank indépendant4 » qui « nourrit l’ambition5 » d’aider « notre pays 6» à y répondre. Vaste ambition pour une vaste question…

    La première est déjà surprenante : « suffit-il de vivre dans l’Hexagone ?7 »

    On peut avec une extrême célérité, sans même lire une ligne supplémentaire, répondre NON. Car si un seul utilise cet argument, alors, nous pourrons aisément lui rétorquer qu’il fut un temps où la France, rayonnait grâce à son empire colonial, et que de celui-ci nous conservons des « miettes d’Empire 8» dans plusieurs endroits du globe. Il est peut être bon de rappeler que ces morceaux de France sont hors Hexagone.

    « D’y être né ? 9» est la seconde question. Celle-ci sous entendrait qu’une intégration même réussie ne suffirait pas pour se dire ou se sentir français. Pourtant Mr Besson, depuis lundi a annoncé qu’il récompenserait « les efforts d’intégration 10» par des bourses étudiantes pour « ceux qui n’étaient pas francophones au départ, et qui ont obtenu une mention bien ou très bien au bac 200911». La naissance est donc, elle aussi, de suite a écarter comme réponse à la question posée en couverture.

    Les francophones justement reviennent très vite puisque l’une des questions suivantes est « parler la même langue » Le français est langue officielle nous ne discuterons pas ce point, mais c’est aussi le multilinguisme qui fait la richesse de notre pays. L’unité linguistique prévaut certes ! Les Québecois parlent la même langue que nous, mais à priori cela ne les dispensent pas des formalités lorsqu’ils veulent venir s’installer dans « l’Hexagone ». En revanche, il est des langues qui vivent, qui se parlent, qui s’enseignent sur le sol national, qui viennent enrichir notre culture mais qui ne sont que régionales.

    « Hériter d’une culture12 » serait alors une question qu’il faut se poser afin de réussir à répondre à la question principale. « Culture » est ici au singulier. Il faudrait donc lors de la naissance ou de la naturalisation prendre en bloc La Culture française. A force de rechercher une supposée unité nationale, ce débat va finir par exacerber les « sous cultures13 ». Ces dernières sont définies de manière simpliste comme étant la culture spécifique à des sous-groupes, à l'intérieur d’une société globale, mais qui présentent avec cette dernière un certain nombre de traits culturels communs, mais aussi nombre de traits culturels spécifiques différents qui ne se retrouvent pas dans les autres groupes sociaux qui composent la société. Alors La Culture française serait cette supra entité culturelle. Il ne faut pas oublier que toute culture est relative et peut être la « sous culture » d’une autre. La question aujourd’hui ne devrait elle pas être plutôt posée de façon européenne ? Peut-on aujourd’hui continuer à construire la culture sans le reste de l’Europe ?

    A force de réclamer à corps et à cris l’unité, ce débat ne pourrait avoir comme résultat que de faire naître ou se renforcer des velléités revendicatives de toutes ces « sous cultures », de toutes celles qui finalement ne verront pas leurs valeurs figurer au beau catalogue de la Culture française.

    D’ailleurs l’Institut Montaigne ne cherche pas à comprendre ce qu’est « être français » il ne s’intéresse qu’à « l’ensemble des caractéristiques de ce qui est préalablement reconnu comme français 14». L’emploi du terme de « francité » (et ce à deux reprises) renforce cette impression.  La question « qu’est ce qu’être français ? » nécessiterait une réponse qui ne pourrait prendre en compte que les caractéristiques qui sont déjà reconnues comme françaises. Etre français serait donc une notion immuable qui ne souffrirait aucune nouvelle intrusion dans la liste préexistante de ce qui est propre à la France et reconnu comme telles.

    L’objectivité de cet ouvrage n’est pas non plus de mise puisque seuls « des hommes et des femmes amoureux de la France » s’expriment ici. Pas de voix dissonantes, pas de critiques, l’unité en somme… Le gouvernement et les débats qu’il entend mener ne semblent guère prendre en compte les voix différant de la leur. Ceci est dit, seuls ceux qui adhèrent et œuvrent dans le bon sens ont droit à la parole. Toute opposition est évacuée.

    Mais ce n’est pas comme cela que les choses sont présentées ici. Le débat ferait tellement l’unanimité qu’au lieu des « dix neufs contributions [qui] forment ainsi cet ouvrage, [il] aurait put en compter cent ou mille ». Il est évident que la foule se presse à la porte de l’Institut Montaigne pour pouvoir participer à cette publication… d’autant que « leurs contributions réunies sont autant d’approches de la francité contemporaine, étonnante combinaison de mythes constitués, d’attirances irrépressibles et de tendresses critiques ». Quel bel éloge, dès l’avertissement !

    D’autant que ces contributions sont celles de « personnes d’origines, de cultures, de formations, de professions différentes » mais à priori avec une opinion semblable à celle des chefs d’orchestres de ce débat. La diversité oui, mais « ce sujet majeur » a vocation à « offrir les mêmes chances d’être différents » à tous. A force de signaler les différences on pourrait tendre vers leur renforcement, à l’inverse, la mise en exergue de l’altérité renforcerait et valoriserait l’image de celui qui se définit comme un  vrai français 15. Cet avertissement nous laisse donc sur une douce note d’un retour du discours nationaliste mais avec des acteurs bien plus nombreux car celui-ci est désormais légitimé par le gouvernement lui même!

    CS


    1 Conseil supérieur de l’Audiovisuel qui a mis en place toute une série d’avertissement au public.

    2Institut Montaigne (coord.), Qu'est-ce qu'être français?, Hermann, Paris, à paraître le 17 novembre 2009.

    3 Ibid., p7.

    4 Comme il est définit sur son site internet cf. http://www.institutmontaigne.org/site/page.php

    5 Op. cit. , p8

    6 Ibid. , p8

    7 Ibid. , p7

    8 Cf. C.F. Jullien, « Les dernières miettes de l’empire », in Le Nouvel Observateur, lundi 15 décembre 1975, p 36.

    9 Op. Cit. , p7

    10 Dépêche AFP de lundi 9 novembre 2009 « Création de bourses étudiantes récompensant des efforts d’intégration ».

    11 Ibid.

    12Op. cit. , p7.

    13 F. Bloess, J. Etienne, J.-P. Norbeck & J.-P. Roux, Dictionnaire de sociologie, Ed. Hatier, coll. Initial, 1995.

    14 http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/francit%C3%A9#

    15 Sur l’altérité voir les écrits de T. Todorov et notamment Nous et les autres, Paris, 1989.



  • L’annonce en grande pompe à Versailles

    La révision constitutionnelle du 23 juillet 2008 a introduit la possibilité pour le président de la République de prendre la parole devant le Parlement réuni en Congrès (art.18). Cette mesure au combien emblématique, et presque à elle seule à l’origine de la révision constitutionnelle, a débouché sur le discours de N. Sarkozy devant le Congrès le 22 juin 2009 ; ce discours de politique générale sans grand intérêt a eu pour seul effet d’annonce, celui d’un « Grand emprunt » auprès des particuliersdiscours présidentiel le plus cher de l’histoire… ou des marchés pour relancer l’investissement en y associant la population française. L’organisation de la réunion du Versailles aurait coûté la modique somme de 500 000 à un million d’euros (selon les députés PS René Dosière et André Vallini), ce qui en fait sans doute le

    Le symbolisme de la commission Juppé-Rocard

    Pour mettre un peu plus en valeur cette annonce, N. Sarkozy fait appel à deux anciens premiers ministres : Alain Juppé et Michel Rocard, tous deux anciens inspecteurs généraux des finances, poursuivant au passage sa politique « d’ouverture » (ou de débauchage). Cette mesure, au combien symbolique, a pour objectif de transcender les clivages politiques, de faire appel « à tous les talents de la nation » pour faire de cette mesure jusque là vide de sens un grand projet d’intérêt général.

    Une commission de 24 membres (dont trois anciens membres du cabinet Jospin) a été mise en place le 26 août, pour réfléchir aux modalités et aux usages de cet emprunt (« des dépenses d’avenir »), pas à son montant (même si elle l’a fait) et pour tenter s’expliquer au Français qu’il ne s’agit pas d’un second plan de relance. Elle devait rendre ses conclusions avant le 1er novembre ; elles sont attendues d’ici la fin de la semaine, mais nous sommes actuellement à l’heure des suppositions.

    Un emprunt sans doute souscrit par les marchés financiers

    Il paraît aujourd’hui peu probable que cet emprunt soit souscrit auprès des particuliers. Cette mesure, annoncée à Versailles, aurait eu l’avantage de faire participer la population à un effort national pour l’investissement, même si comme le souligne Pierre Moscovici « il aurait favorisé les Français les plus aisés en échange de cadeaux fiscaux ». Au lieu de cela, cet emprunt, sans doute souscrit auprès des marchés financiers, sera un emprunt tout ce qu’il ya de plus classique, comme emprunte tous les jours l’Agence Française-Trésor pour financer le budget de l’Etat en augmentant la dette publique. Le « Grand emprunt » perd ici sa seule originalité, il apparait dès lors comme le prolongement du plan de relance, qui s’avère insuffisant au niveau de sa partie investissement (seulement 8 des 26 milliards du plan).

    Le débat sur le montant de l’emprunt, la montée au créneau d’Henri Guaino

    Au fur et à mesure que le débat se poursuit sur le montant du « Grand emprunt », il apparait de plus en plus que cette proposition est avant tout une idée du « conseiller spécial » du président, Henri Guaino, qui continue à vouloir défier l’orthodoxie économique en défendant bec et ongles un montant oscillant entre 80 et 100 milliards. Ceci a provoqué l’ire de François Fillon, qui lui a rétorqué avec une violence qu’on ne lui connaissait pas « que les conseillers du président ne faisait pas partie de l’exécutif ». F. Fillon, comme la commission Juppé-Rocard, comme l’essentiel des députés de la majorité et comme l’opposition propose un emprunt oscillant entre 25 et 50 milliards alors que H. Guaino et 63 députés UMP défendent une fourchette plus grande. S’il est vrai qu’un emprunt inférieur à 50 milliards n’a plus grand-chose de « grand », il parait impossible au regard de la dette publique d’emprunter plus.

    Bruxelles s’inquiète de la dérive budgétaire française

    Faire souscrire un grand emprunt alors que déficit public oscille entre 7 et 8 % du PIBpour les années budgétaires 2009 et 2010, inquiète la Commission Européenne, qui a d’ores et déjà demandé à la France de revenir à un déficit inférieur à 3% (critère de Maastricht) d’ici 2013. Bruxelles demande de surcroit que l’emprunt soit comptabilisé dans le déficit budgétaire 2010, et pas comme l’a prévu la commission Juppé en « hors bilan ». Pour tenter de désamorcer la crise, N. Sarkozy a déclaré que les 13 Mds que sont en train de rembourser les banques, renflouées en 2008, iraient directement compléter les dépenses prévues par le grand emprunt, qui sera donc allégé d’un montant équivalent. Il n’est absolument pas certains que cela soit suffisant pour rassurer Bruxelles.

    Des investissements finalement assez classiques

    Pour N. Sarkozy « les dépenses d’avenir » se divisaient dans trois défis prioritaires : l’économie de la connaissance (et notamment le financement de l'enseignement supérieur), la compétitivité des entreprises (avec en particulier le problème de l'insuffisance de leurs fonds propres) et le soutien aux investissements industriels stratégiques ; une annonce qui se voulait novatrice.

    Les premières mesures annoncés par Alain Juppé sont les suivantes : financer la recherche et des secteurs prioritaires tels que les énergies nouvelles, les sciences de la vie, en particulier les biotechnologies, l'économie numérique (le très haut débit), la ville du XXIe siècle, et les véhicules du futur. Ces mesures ne sont absolument pas révolutionnaires et s’il paraît intéressant de soutenir financièrement ces secteurs de recherche déjà très actifs, on peut aujourd’hui s’interroger sur la nécessité d’une telle agitation.

    Conclusion : le grand emprunt n’est rien d’autre qu’une vaste opération médiatique

    Au regard du cadre grandiose de son annonce, de la réalité de sa souscription, de son montant et des investissements qu’il va soutenir, le « Grand emprunt » apparait comme un coup de publicité du président et pas grand-chose de plus. Les difficultés financières de la France sont, bien entendu, la cause du décalage entre l’annonce présidentielle et la réalité du « Grand emprunt » prévu par la commission Juppé/Rocard, mais cette mesure apparaît aujourd’hui comme une coquille vide, qui ne représente qu’une pierre supplémentaire de l’endettement français, rejetée, si l’on en croit les sondages, par une majorité de la population. Quant à l’opération politique « d’ouverture », elle aura donc fait long feu, même si, l’idée d’un grand emprunt vient de François Hollande, qui le préconisait à l’échelon européen (débat parlementaire du 08/10/2008)…


    Fabien Duquesne



  •                 L'affaire a fait scandale : une vague de suicides à France Télécom. Depuis 2008, 23 salariés se sont donné la mort. Le président de l'entreprise a même choqué en parlant d'une « mode du suicide ».
    D'autre part, selon le site infosuicide.org, en 2007, plus de 10 127 décès par suicide ont été enregistrés en France métropolitaine.

                   Chez France Télécom et de plus généralement, se pose la question du pourquoi de ces suicides. Qu'est-ce qui peut pousser une personne à mettre fin à ses jours ?
    Ne cherchant pas à répondre à cette question, nous allons plutôt tenter de comprendre ce phénomène avec les outils construits par Emile Durkheim, l'un des fondateurs de la sociologie. Dans son ouvrage, Le Suicide, Durkheim construit une typologie (c'est-à-dire une grille d'analyse) des types de suicide ; pour l'auteur, il en existe 4 types s'inscrivant dans deux grands principes, la régulation et l'intégration. Essayons alors d'appréhender « les cas France Télécom » à l'aide de cette typologie.

    - L'« absence de formation » et la « désorganisation totale de l'entreprise »1

    Voilà quelques unes des raisons qui ont poussé un salarié marseillais de France Télécom à se suicider le 14 juillet 2009 et qu'il explique dans une lettre laissée à sa famille.
    Si l'on reprend l'analyse de Durkheim, nous nous trouvons face à un suicide anomique. Ici, l'individu est moins tenu, disons même moins soutenu par un ensemble de règles et de cadres. Tout comme la voiture sur une route de montagne sans barrière protectrice, la personne, sans ces cadres, risque de tomber dans le vide. Nous sommes donc face à un manque, un défaut de régulation.
    La fin de la lettre du salarié est très révélatrice : « Cela m'a totalement désorganisé et perturbé. Je suis devenu une épave, il vaut mieux en finir »

    - « Les procédures managériales pour gérer les salariés sont devenues très individualisées, voire infantilisantes. »2

    Un délégué CFDT essaye d'expliquer avec cette phrase l'ambiance de travail difficile qui a pu poussé Michel, technicien chez France Télécom, à se suicider le 30 août dernier. Auparavant, il avait eu en effet, deux conflits avec sa hiérarchie qui l'avait réprimandé, lui demandant «d’améliorer son comportement».
    Regardons attentivement ce cas : salarié individualisé, seul face à sa hiérarchie. Le délégué rajoute : « Cela crée un isolement très pénible. On en oublie le collectif. ». Un individu isolé, sans personne vers qui se tourner. Voilà le cas d'école d'un suicide égoïste ; l'individu n'est pas intégré et il lui manque ici aussi des cadres susceptibles de le soutenir : un autre individu.

    - « On a perdu notre autonomie, on a des outils automatisés qui nous disent tout ce qu'il faut faire, et on a l'impression d'être des pions »3

    Citant des salariés de l'entreprise, Stéphane Richard, le directeur général adjoint de France Télécom, a reconnu le 14 octobre 2009 que l'entreprise était « peut-être allée trop loin » dans les mécanismes de contrôle des salariés du groupe.
    En tant qu'apprentis durkheimiens, la phrase nous interpelle en suggèrant un excès de contrôle et de règle, c'est-à-dire un excès de régulation : élément fondateur du suicide fataliste4. Dans ce type de suicide, le nombre important de normes et le contrôle constant laissent peu de marge de manœuvre à l'individu qui s'en trouve perturbé.

                   Ainsi, nous avons passé en revue la typologie de Durkheim sur le suicide mais l'analyse pourrait être approfondie. Par exemple, il n'est pas inutile de mettre en relation le suicide égoïste et le taux de syndicalisation très bas : entre 1983 et 1987, suivant les chiffres d'infosuicide.org, on constate une hausse significative du nombre de suicides. En examinant les chiffres de l'Insee, on constate sur la même période, une chute brutale du taux de syndicalisation. Bien sûr, tout cela est à prendre avec du recul mais la coïncidence est troublante.

    Pourtant, les plus savants d'entre vous auront remarqué qu'il manque un élément : le 4ème type de suicide, le suicide altruiste. Opposé du suicide égoïste, il apparaît lors d'un excès d'intégration : l'individu ne se possède plus et est prêt à mourir pour quelqu'un ou quelque chose.
    Mais bon, ce type de suicide n'existe pas chez France Télécom : on ne le trouve encore qu'en politique où de nombreux députés UMP sont prêts au « suicide électoraliste » et votent des lois que ni eux, ni leur électorat ne veulent, juste pour faire plaisir à notre cher Président.

    Ian LD

    DURKHEIM, Emile, Le Suicide, 1897 – à lire en ligne ici


    4Même si la citation n'est pas liée directement à un suicide, elle traduit un malaise présent chez France Télécom.



  • Mots croisés, le lundi 9 novembre, consacrait une deuxième émission en deux semaines au thème de l’identité nationale, révélant un peu plus les enjeux de ce sombre débat. En effet, lors de ce numéro, Yves Calvi est revenu sur la question lancée par la ministre « Qu’est-ce qu'être Français ? ».

    Notons en premier lieu que le plateau proposé était loin de l’équilibre idéologique que l’on aurait put attendre d’un débat politique. La présence de Dominique Voynet laisse supposer qu’elle a du être une des seules personnalités dites de gauche à accepter de participer à ce débat (1). De plus, en lisant les différentes tribunes d’intellectuels par exemple, on peut émettre l’hypothèse que certains d’entre eux se mettent en retrait de cette discussion impulsée par le gouvernement. Il serait intéressant que l’émission précise les refus qu’elle a pu rencontrer lors de sa préparation(2) qui, au final, fait intervenir trois journalistes (3), dont Yves Calvi (4) ; un historien-démographe et deux politiques dont Fadela Amara.

                      Le premier tour de table a permis à chaque invité de lancer sa propre définition. Les interventions ont assez bien reflété ce que nous entendons depuis le début de cette controverse : respecter le drapeau, la marseillaise et la langue. La ministre a même indiqué son attachement à Edith Piaf, Yves Montand et la potée auvergnate, ce qui fera sans doute plaisir à son collègue Brice Hortefeux.

    A l’ouverture de la soirée, Yves Calvi avait amorcé une première réponse au thème de l’émission, en indiquant qu’être Français, c’est « d’abord posséder une Carte Nationale d’Identité ». Le débat n’était plus alors centré sur les Français en général, mais sur les nouveaux Français. Il réaffirme cette interrogation en demandant à Fadela Amara : «  Est-ce qu’on est français une fois qu’on l’a choisi et dès la première génération ?(5) ». La définition de l’identité nationale s’articule avant tout autour de la différenciation des Français, c'est-à-dire ceux qui ont la carte, vis-à-vis de ceux qui en font la demande. La seconde différenciation s’opère parmi les Français eux-mêmes entre ceux qui le sont par naissance et ceux qui le deviennent par choix. Trois groupes émergent donc : les Français, les nouveaux Français ou ceux qu’on qualifie ici « d’origine étrangère », et les étrangers qui apparaissent comme des demandeurs potentiels de cette nationalité. Il ne s’agit donc plus de savoir « Qu’est ce qu’être Français ?» mais « Comment devient-on Français ?».

                     Elisabeth Levy, journaliste et essayiste est la première à lancer selon elle « le vrai débat ». Elle affirme : « Pourquoi on a ce débat aujourd’hui ? […] Le visage de la France et l’identité nationale a changé, non seulement car nous avons eu en quelques années une très forte immigration d’origine extra-européenne mais parce que pour une première fois, une partie de cette population française affiche de façon déterminée et souvent très bruyante d’ailleurs, parfois illégale, son hostilité à la France. » Le souci n’est pas causé selon elle par l’immigration mais par les « Français d’origine étrangère ». Le but ici est alors de définir ceux qui constituent un danger pour cette identité dite française originelle sans doute ! Elle définit ce danger comme venant des « français d’origine étrangère » « magrébine et nord-africaine, c’est cela dont on parle », et musulmans(6), qui s’affirment dans le bruit et « l’illégalité » contre la France. A l’image des fantasmes de Philippe de Villiers concernant les mosquées cachées dans les aéroports parisiens, Elisabeth Levy relance ici la vieille croyance de l’envahissement de la France par les populations africaines. Elle réutilise le vocabulaire traditionnel de la droite pour caractériser cette population : en parlant du bruit, elle rappelle la formule de Jacques Chirac « le bruit et l’odeur ».

                     Partant de ce constat de peur et de crise de l’identité, l’essayiste va plus loin en affirmant que l’enjeu est l’assimilation, c'est-à-dire « fabriquer des français depuis des siècles avec n’importe quoi ». Le vocabulaire employé n’est pas anodin dans les propos de l’auteur : il faut choquer et faire peur. La juxtaposition entre « ces français d’origine étrangère » et un « n’importe quoi », reflète un peu plus le retour du refoulé xénophobe en France et notamment au sein d’émissions de télévision(7). Il faut utiliser des mots extraordinaires dans ce conte de la peur de l’autre.

    Elle justifie ses propos en se légitimant d’un savoir « de ce que vivent les gens », puis elle stigmatise et définit un peu plus cette population : ces « zivas » du métro. C’est autour du sujet de la burka, qu’elle exprime le plus simplement ses craintes : « on doit se protéger ». Elle précise même que l’enjeu n’est pas de protéger ces femmes, mais la population en général de cette menace. Face à ce danger, elle propose une solution : « éradiquer les différences à la schlag ». Je ne connaissais pas l’expression mais selon le dictionnaire, on peut définir « schlag » par fouet, trique, punition(8). Il faut selon elle, « être un peu dur » ! L’enjeu est encore de faire peur et de provoquer, elle insiste par la suite en détaillant quelques exemples. Elle tente de démontrer que « ces nouveaux français » jouissent de certains privilèges tels que « le porc à la cantine des enfants » ou bien encore que les salariés s’arrêtent « pour faire la prière ».


                   En écoutant les différentes prises de paroles de cette journaliste, on peut observer qu’en ce temps de crise, le débat ouvert propose ici surtout la définition d’un danger qui dans les mots d’Elisabeth Levy est celui de la population française d’origine étrangère musulmane et plus généralement une population voulant obtenir la nationalité française. Le dernier élément récurrent dans ces interventions est que « le danger » se serait déjà introduit dans notre société notamment lorsqu’elle indique « si dans les entreprises il y a 90% des gens qui disent : nous on veut que ça s’arrête à telle heure pour faire la prière, finalement, elles vont céder. ».  En quelques interventions, Elisabeth Levy a détaillé un imaginaire de la peur pour définir son identité nationale en crise : « une population extra-européenne », qui envahit la France dont « on doit [se] protéger » à laquelle nous aurions déjà cédé.

     



    Dans les propos de cette journaliste, l’enjeu de la soirée fut alors de définir une identité française pour exclure. Identifier les vrais français. Définir pour punir, et pour affirmer une différence entre « eux » et « nous ». Voilà l’un des visages du débat ouvert depuis deux semaines et qui se poursuivra encore pendant deux mois. C’était hier soir dans une émission du service publique, et le péril de l’immigration était de nouveau remis au premier plan. On était à quelques heures de la commémoration de la chute du mur de Berlin, et on entendait pourtant les mots « éradiquer à la schlag » à la télévision française. C’était hier soir et certains intellectuels et politiques refusent toujours de mener une critique sur ce débat et ses conséquences.

     

    A l’inverse de ce silence ambiant, certains comme Marcel Detienne(9), anthropologue, pensent encore qu’il « ne faut pas prendre le drapeau » mais faire la critique de ce débat. Il est important que subsistent des discours mineurs face à ceux du pouvoir.





    Lien pour revoir l'émission: http://mots-croises.france2.fr/58712510-fr.php

    Jean B.


    (1) Elle est absente des plateaux de télévisions depuis plusieurs semaines.

    (2) Si ce n’est pas le cas, peut-on parler réellement de débat.

    (3) Dont deux de journaux connus plutôt pour être de droite.

    (4) C’est l’une des particularités d’Yves Calvi qui prend toujours part au débat qu'il organise avec des formules comme « on est d’accord pour dire, qu’il y a aussi des difficultés ? ».

    (5) Question posée à 00:10:56

    (6) Elle revient à plusieurs reprises sur cette population en la caractérisant «faire la prière », « la burka » , « le porc » . La population musulmane est tout au long de son discours visé.

    (7) Voir l’émission Dimanche + où on a pu entendre, lors d’une réunion de quartier du 7eme arrondissement, la peur d’une dame « de la nuée de sauterelles venus d’Afrique » sur le Champ de Mars. http://www.canalplus.fr/pid2180.htm